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RDC : l’Eglise catholique principale opposante politique ?

A chaque crise congolaise, l’Eglise catholique finie toujours par faire son entrée dans l’arène politique. Mais cette fois-ci, ce n’est pas pour assurer son rôle de médiatrice historique, mais plutôt pour venir combler les faiblesses de l’opposition politique, en manque de leadership.

Depuis la mort de l’opposant Etienne Tshisekedi, en février 2017, l’opposition congolaise peine à retrouver un second souffle et surtout, ne parvient plus à mobiliser dans la rue sur ses mots d’ordre. Les opérations ville morte et les différents appels à la mobilisation, depuis la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre, se sont tous soldés par des échecs. Pourtant, les raisons ne manquaient pas aux Congolais pour descendre dans la rue : les élections avaient été une nouvelle fois reportées, Joseph Kabila continuait de s’accrocher au pouvoir et beaucoup de doutes planaient sur son intention réel d’organiser la présidentielle en décembre 2018.

Le 31 décembre 2017, jour anniversaire de l’accord politique de la Saint-Sylvestre, ce n’est pas l’opposition, mais le Comité laïc de coordination, soutenu par l’Eglise catholique, qui a réussi à mobiliser les Congolais. Certes, la quasi totalité des partis d’opposition s’était joint au mouvement, mais c’est bien la mobilisation de plus de 160 paroisses catholiques qui a permis à la contestation de s’exprimer, et ce, malgré une violente répression – voir notre article.

« Que les médiocres dégagent »
L’Eglise catholique, qui avait joué les bons offices lors de la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre, se retrouve ainsi aux avant-postes de la contestation. Tête de pont de la fronde anti-Kabila, le très respecté Cardinal Laurent Monsengwo, n’a pas mâché ses mots pour dénoncer le non respect de l’accord de la Saint-Sylvestre par le pouvoir. « Il est temps que les médiocres dégagent », « barbarie », « mensonge systémique », « brutalités policières »…

En quelques expressions bien senties, Laurent Monsengwo s’est de nouveau glissé dans le rôle qu’il affectionne le plus : celui de principal opposant politique au régime en place. Il avait déjà officié sous la dictateur du maréchal Mobutu, il récidive désormais avec Joseph Kabila qui compte bien se maintenir au pouvoir alors que son mandat a expiré depuis le 19 décembre 2016.

Dans un pays très majoritairement catholique, l’Eglise vient palier aux deux principaux maux du Congo : l’incurie du pouvoir, et l’inconstance de l’opposition politique. Avec son important réseau de paroisses, l’Eglise catholique est sans aucun doute l’une des institutions les plus structurées en République démocratique du Congo (RDC), ce qui explique sa forte capacité de mobilisation… plus que ne le peut le faire l’opposition.

Une classe politique inconsistance
En dénonçant les « médiocres », le cardinal Monsengwo vise avant tout le pouvoir, incapable de gérer un pays où tout manque (eau potable, électricité, routes, hôpitaux…) et où l’insécurité règne. Plus de 120 groupes armés pullulent toujours à l’Est et 4 millions de personnes sont déplacés à la suite des violences, dans les Kivu et les Kasaï… beaucoup plus que le conflit en Syrie ou au Yémen.

Mais en fustigeant les « médiocres », Laurent Monsengwo pense peut-être aussi à la classe politique congolaise dans son ensemble. A ses opposants, qui n’hésitent pas à succomber aux sirènes du pouvoir, oubliant du jour au lendemain ce qu’ils dénonçaient, dès qu’ils sont nommés ministre. Mais aussi à ces « nouveaux opposants », tous venus de la majorité présidentielle et qui ont franchi le rubicon lorsqu’ils se sont rendus compte que Joseph Kabila ne leur céderait pas la place.

Des « nouveaux opposants » que l’on entendait pas dénoncer la répression, les arrestations arbitraires et la corruption, lorsqu’ils étaient proches de Joseph Kabila. Dans ce marigot pas très clair, l’Eglise catholique reste sans doute la seule à inspirer confiance aux Congolais. C’est doute pour cela que la population n’a pas eu peur de descendre dans la rue à l’appel de l’Eglise.

Une transition sans Kabila
Aujourd’hui, c’est donc l’Eglise catholique qui donne le tempo. Le Comité laïc de coordination à prévenu que d’autres manifestations seraient organisées prochainement, et le Nonce apostolique a également appelé à « se préparer à répondre aux éventuelles adhésions dans votre circonscription Ecclésiastique ». Reste à savoir ce que compte faire l’Eglise, qui n’a évidement pas vocation à prendre le pouvoir et gouverner. Principal opposant à Joseph Kabila, le cardinal Laurent Monsengwo se verrait bien à la tête d’une nouvelle transition… mais sans l’actuel président.

Une formule qui séduit dans l’opposition et qui permettrait notamment d’organiser le prochain scrutin dans un climat moins tendu et moins suspicieux. Mais comment imposer cette transition, alors que la communauté internationale a déjà validé le nouveau report de l’élection en décembre 2018 et le maintien de Joseph Kabila au pouvoir ? Sans doute en faisant appel à la rue. C’est l’unique stratégie qui reste à l’opposition pour une alternance politique au Congo. Et l’Eglise catholique l’a bien compris.

Christophe RIGAUD – Afrikarabia