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Les faits donnent raison aux Evêques : le pays brûle !

Des évêques membres de la CENCO lors de l’ouverture du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 08/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Des évêques membres de la CENCO lors de l’ouverture du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 08/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Les Evêques ont lancé, dans une déclaration au vitriol rendue publique le 23 juin dernier, un appel à la mobilisation générale du peuple congolais en vue d’obtenir l’application de l’Accord du 31 décembre 2016, unique source de légitimité institutionnelle en RDC et voie obligée vers des élections libres, démocratiques et transparentes en décembre 2017 au plus tard. Cette prise de position est intervenue à la suite du constat de la montée de l’insécurité généralisée à travers le pays et de sa course aveugle vers l’asphyxie socio-économique, à cause principalement de la violation de ce deal politique. Dans leur message, les prélats catholiques ont insisté sur le fait que les pasteurs devraient être des hommes de leur temps et ne pas faire la politique de l’Autriche face aux problèmes existentiels de leurs fidèles.

Naturellement, la Majorité Présidentielle est montée au créneau pour accuser la Conférence Episcopale Nationale du Congo (Cenco) de lui avoir fait un procès d’intention, l’invitant au passage à s’en tenir à sa mission évangélique et à ne pas se mêler de politique.

Pendant que la classe politique congolaise est partagée entre les anti et les pro-Cenco, les événements sont en train de donner raison aux Evêques catholiques. En effet, pas plus tard que la veille du 30 juin, date du 57me anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo, cette fête nationale s’est écrite en lettres de sang.

A Kinshasa, un commando invisible a frappé, au beau milieu de la journée du jeudi 29 juin, à l’amigo du parquet de la commune de Kalamu, faisant libérer plusieurs dizaines de détenus, avec mort d’homme à la clef et plusieurs blessés. A l’image du scénario de la Prison Centrale de Makala, des cachots du Parquet de Matete et du Commissariat de District du Mont-Amba, les assaillants ont fait un pied de nez à un lieu de détention névralgique, au cœur de Matonge, la cité la plus animée de Kinshasa de jour comme de nuit, et la plus quadrillée par des forces de l’ordre et de sécurité, en uniforme comme en tenues civiles, en armes comme non armés tels que les fameux « Bureau 2 », passés maitres en rançonnement de paisibles citoyens en lieu et place de les sécuriser .

La ville de Kinshasa est plongée dans une psychose sans nom, aggravée par des barrières nocturnes des éléments mixtes Police/FARDC, alors que les agressions des « Kuluna » sur des innocents se poursuivent de plus belle.

Pendant que la ville de Kinshasa était plongée dans la peur, avec des menaces de nouvelles actions punitives signées Ne Muanda Nsemi, le gourou de Bundu dia Mayala (ex-Bundu dia Kongo) dont les « Makesa »
avaient revendiqué l’attaque de la Prison Centrale de Makala, il y a un mois, et l’évasion spectaculaire de plusieurs milliers de détenus,dont leur chef spirituel précité, quatre localités du territoire de
Fizi, étaient sous le feu d’un groupe armé appartenant à la nébuleuse Mai-Mai de Yakutumba, qui allaient finir par les occuper en fin de semaine.

Pour l’instant, des milliers de familles ont abandonné leurs maisons et cases, pour fuir les combats entre les « insurgés » et les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo). Comme au Kasaï, c’est le début, pour elles, d’une vie d’errance à travers les forêts et les savanes, pour un exil intérieur à durée indéterminée.

Au Nord-Kivu, les territoires de Beni, Lubero, Rutshuru, Masisi et autres se trouvent sous l’emprise des forces négatives étrangères (rebelles ougandais ADF et rwandais FDLR) et internes (M 23, Mai-Mai) depuis belle lurette. Il y a une dizaine de jours, des combattants du MRN (Mouvement Révolutionnaire National) avaient attaqué la prison de Beni à l’arme lourde. Entre-temps, le M 23, reconstitué sous la forme d’une mosaïque composée de rebelles congolais, des soldats ougandais et rwandais, est sur le point de déclencher une nouvelle guerre, fait confirmé par le gouverneur Julien Paluku, qui a appelé Kinshasa à la riposte.

Au centre du pays, en dépit des assurances des autorités provinciales et centrales au sujet du retour au calme, la mort continue d’y rôder et le sang d’y couler tous les jours, aussi bien suite à l’activisme
des miliciens Kamuina Nsapu qu’à celui des forces de sécurité, qui n’ont pas fini de commettre des bavures qui prennent de plus en plus les contours des règlements des comptes aux populations civiles non
armées.Au sud-Katanga, Bantous et pygmées n’ont toujours pas enterré la hache de guerre. Sous les yeux et la barbe des autorités civiles et militaires locales, ils n’ont pas cessé de s’entretuer et de se piller
mutuellement.

En Ituri, en sus de l’insécurité entretenue par des groupes armés internes qui se battent tantôt entre eux, tantôt contre l’armée et la police nationale, le démon de la guerre hante de nouveau Hema et
Lendu. La tension est de nouveau montée d’un cran après l’assassinat de deux commerçants, qui revenaient de l’Ouganda avec leurs vaches.

Bien que plusieurs notables lancent des appels au calme, le feu couve. Financièrement, le pays semble au bord de la rupture, avec le franc congolais qui se déprécie au fil des jours, sinon des heures. La
combinaison de l’insécurité généralisée avec la descente aux enfers de l’économie nationale éloigne la perspective de la tenue des élections présidentielle et législatives nationales en décembre 2017. La
question de fond reste de savoir à qui profiterait la politique de la terre brûlée que dénoncent plusieurs états-politiques, la Majorité et l’Opposition se rejetant la responsabilité du schéma d’une implosion planifiée.
Kimp